Animal opossum de Virginie agrippé à une branche dans une forêt au crépuscule

Animal opossum : carte d'identité du seul marsupial d'Amérique du Nord

Un marsupial, ni rat ni rongeur

Malgré sa longue queue nue et son museau pointu, l'opossum n'a aucun lien de parenté avec le rat. Il appartient à l'ordre des didelphimorphes, une lignée de marsupiaux qui compte une centaine d'espèces, presque toutes cantonnées en Amérique centrale et du Sud. Une seule a franchi le Rio Grande et colonisé le nord du continent : l'opossum de Virginie (Didelphis virginiana), présent aujourd'hui du sud du Canada jusqu'au Costa Rica. C'est de lui qu'il s'agit quand on parle de l'animal opossum sans autre précision. Son nom vient de la langue des Powhatans de Virginie. Le mot « aposoum », souvent traduit par « bête blanche », a été noté par les colons anglais dès le début du XVIIe siècle.

50 dents, une queue préhensile et des « pouces » aux pattes arrière

Un adulte mesure 35 à 50 cm sans la queue, qui ajoute encore 25 à 45 cm. Les mâles pèsent de 2 à 6 kg, les femelles dépassent rarement 3,5 kg. Trois détails anatomiques le distinguent. Sa mâchoire porte 50 dents, un record parmi les mammifères terrestres d'Amérique du Nord. Sa queue préhensile lui sert de cinquième membre : elle l'aide à s'équilibrer dans les branches et à transporter feuilles et herbes jusqu'à son abri. Enfin, ses pattes arrière possèdent un gros orteil opposable et sans griffe, qui fonctionne comme un pouce. Pelage gris, face blanche, oreilles noires et glabres : le portrait est facile à retenir. Ces oreilles et cette queue sans poils restent pourtant son talon d'Achille. Comme l'espèce n'hiberne pas, beaucoup d'individus du nord de l'aire de répartition perdent le bout de la queue ou des oreilles à cause des gelures hivernales.

Habitat et mode de vie de l'animal opossum : nomade, nocturne et opportuniste

Un locataire sans domicile fixe

L'opossum de Virginie affectionne les forêts de feuillus proches d'un cours d'eau. Il s'accommode aussi des bocages, des terres agricoles et des banlieues résidentielles. Il ne creuse presque jamais : il emprunte le terrier d'une marmotte ou d'une mouffette, un tronc creux, un tas de bois ou le dessous d'une terrasse, et change d'abri tous les deux ou trois jours. Son domaine vital va de quelques hectares à plus de 20 hectares selon la nourriture disponible. Cette souplesse explique sa progression vers le nord au cours du XXe siècle. Elle explique aussi son installation sur la côte Pacifique après son introduction en Californie au début des années 1900.

Que mange un opossum ?

C'est un omnivore opportuniste dont le menu suit les saisons : insectes, limaces, escargots, vers de terre, souris, grenouilles, œufs et charognes, mais aussi baies, kakis sauvages et maïs tombé au sol. Il ronge volontiers les os des carcasses pour couvrir ses besoins en calcium. En ville, il visite les poubelles et les gamelles laissées dehors pour les chats, ce qui le met souvent en conflit avec les habitants. Si vous séjournez en Amérique du Nord, rentrez donc la nourriture de vos animaux le soir.

Comment dort l'opossum ?

Strictement nocturne, il passe la journée roulé en boule au fond de son abri et peut dormir jusqu'à 18 heures sur 24. Contrairement à l'image véhiculée par les dessins animés, l'adulte ne dort jamais suspendu par la queue. Seuls les jeunes de quelques semaines parviennent à s'y accrocher brièvement : l'adulte est bien trop lourd pour cela.

Reproduction de l'opossum : 13 jours de gestation et une vie très courte

Des petits de la taille d'une abeille

La saison des amours s'étend de janvier à juin selon la latitude, avec une à trois portées par an. Après 12 à 13 jours de gestation, l'une des plus courtes chez les mammifères, la femelle met au monde jusqu'à une vingtaine de nouveau-nés. Chacun mesure environ 1 cm et pèse 0,13 g, à peu près le poids d'une abeille. Aveugles, ils rampent seuls jusqu'à la poche en s'agrippant aux poils de leur mère. La poche ne contient que 13 tétines, et les retardataires ne survivent pas. Chaque petit reste soudé à sa tétine pendant environ deux mois. Les jeunes voyagent ensuite agrippés au dos de leur mère jusqu'au sevrage, vers trois mois et demi. Ils deviennent indépendants peu après et peuvent se reproduire dès 6 à 8 mois.

Le mythe de l'accouplement par le nez

Une croyance rurale tenace affirme que le mâle s'accouple par les narines de la femelle, qui « soufflerait » ensuite les petits dans sa poche. La légende s'explique par l'anatomie de l'espèce : le pénis du mâle est bifide, et la femelle possède deux vagins latéraux et deux utérus. Comme elle plonge le museau dans sa poche pour la nettoyer juste avant la mise bas, les observateurs ont cru à un lien.

Quelle est la durée de vie d'un opossum ?

C'est sa grande fragilité : la durée de vie de l'opossum dépasse rarement 2 ans en liberté. Hiboux, coyotes, chiens errants et surtout voitures en tuent une grande partie, et l'espèce vieillit très vite. En captivité, il atteint 3 à 4 ans, exceptionnellement un peu plus. Cette brièveté explique la stratégie de l'espèce : se reproduire tôt, souvent et en nombre.

Femelle opossum transportant ses petits accrochés sur son dos en lisière de forêt

Pourquoi l'opossum fait le mort : la thanatose expliquée

Un réflexe involontaire, pas une comédie

Face à un chien ou à un coyote, l'opossum commence par bluffer : il siffle, grogne, bave et ouvre grand la gueule pour exhiber ses 50 dents. Si la menace persiste, il bascule dans la thanatose, un état de mort apparente déclenché par une peur extrême. L'expression anglaise « playing possum » est trompeuse, car il ne joue pas la comédie. Le réflexe est involontaire, comparable à un évanouissement, et l'animal ne peut pas en sortir à volonté. Voici à quoi ressemble cette mort apparente :

  • il s'effondre sur le flanc, le corps raide et légèrement recroquevillé ;
  • les babines se retroussent, la langue pend et une salive mousseuse s'écoule ;
  • les yeux restent mi-clos ou fixes ;
  • ses glandes anales libèrent un liquide verdâtre à l'odeur de chair en décomposition ;
  • son rythme cardiaque et sa respiration ralentissent nettement.

Combien de temps dure la thanatose ?

Cet état dure de quelques minutes à quatre heures. Beaucoup de prédateurs se désintéressent d'une proie immobile qui sent la charogne, ce qui laisse une chance à l'opossum. Quand le calme revient, il remue d'abord les oreilles pour sonder les bruits alentour, puis se relève et s'éloigne. Lorsque l'opossum fait le mort, il reste en partie conscient de son environnement. J'en parle souvent avec les familles que j'accompagne : le chat qui se fige totalement pendant une contention stressante chez le vétérinaire relève du même registre d'immobilité de survie.

Vous croisez un opossum « mort » ?

Aux États-Unis ou au Canada, ne le ramassez pas et ne le poussez pas du pied. Éloignez-vous d'une dizaine de mètres, tenez votre chien en laisse et revenez une à deux heures plus tard. Dans la grande majorité des cas, il sera reparti de lui-même.

Résistance aux venins et à la rage : les vrais super-pouvoirs de l'animal opossum

Un sérum qui neutralise le venin des crotales

L'opossum de Virginie mange volontiers des serpents, y compris des espèces venimeuses comme les crotales et les mocassins. Il survit à des morsures qui tueraient un chien de même taille grâce à une protéine de son sang baptisée LTNF, pour « lethal toxin-neutralizing factor ». Cette protéine se lie aux toxines du venin et les désactive. Cette résistance aux venins est surtout efficace contre les vipères à fossettes d'Amérique. Elle est beaucoup moins documentée pour les autres familles de serpents. En 2015, des chercheurs ont présenté devant l'American Chemical Society un petit peptide inspiré de cette protéine. C'est une piste d'antivenin bon marché, toujours à l'étude. Plusieurs travaux décrivent aussi chez l'opossum une forte tolérance à la toxine botulique, utile pour un animal qui consomme régulièrement des charognes.

Rage et tiques : démêler le vrai du faux

On entend souvent que l'opossum ne contracte jamais la rage. C'est faux, mais les cas restent rarissimes. L'explication la plus souvent avancée est sa température corporelle, autour de 34 à 36 °C, moins favorable à la multiplication du virus que celle d'un raton laveur. Un opossum qui bave et siffle n'est donc pas forcément enragé : le plus souvent, il bluffe. Une autre légende virale prétend que l'opossum avale « 5 000 tiques par saison ». Ce chiffre extrapole une expérience de laboratoire publiée en 2009. Des travaux plus récents, fondés sur l'analyse des estomacs d'opossums sauvages, n'y ont retrouvé que très peu de tiques. L'opossum reste un précieux nettoyeur de charognes et de limaces. Ne comptez pas sur lui, en revanche, pour protéger un jardin de la maladie de Lyme.

Différence opossum possum : deux marsupiaux séparés depuis 60 millions d'années

La différence opossum possum commence par un malentendu de vocabulaire. En 1770, pendant l'expédition de James Cook, le naturaliste Joseph Banks baptise « possum » un marsupial australien qui lui rappelle l'opossum américain. Aux États-Unis, « possum » sert en plus de diminutif familier à l'opossum. Résultat : deux animaux sans parenté proche portent presque le même nom.

Didelphimorphes contre diprotodontes

Les opossums appartiennent aux didelphimorphes, l'une des plus anciennes lignées de marsupiaux encore vivantes. Les possums australiens forment le sous-ordre des phalangériformes, environ 70 espèces rangées parmi les diprotodontes, l'ordre des kangourous et des koalas. Les deux lignées ont divergé il y a plus de 60 millions d'années. Le petit phalanger volant, parfois vendu en animalerie sous le nom de « sugar glider », est d'ailleurs un possum et non un opossum. Le plus répandu, le possum à queue en brosse, a été introduit en Nouvelle-Zélande en 1837. Il y est devenu une espèce invasive qui abîme les forêts et transmet la tuberculose bovine. Le tableau ci-dessous vous aide à identifier l'animal d'une vidéo ou rencontré en voyage.

CritèreOpossum de VirginieOpossum commun (pian, manicou)Possum à queue en brosse
OrdreDidelphimorphesDidelphimorphesDiprotodontes
RépartitionDu sud du Canada au Costa RicaDu Mexique au nord de l'Argentine, Guyane, MartiniqueAustralie, Nouvelle-Zélande (introduit)
Poids adulte2 à 6 kgEnviron 0,6 à 2 kg1,2 à 4,5 kg
QueueNue, écailleuse, préhensileNue, préhensileTouffue, préhensile
RégimeOmnivore opportunisteOmnivore, plus frugivoreSurtout feuilles, fleurs et fruits
Fait le mortOui, thanatose typiqueRarement, préfère siffler et mordreNon
Indice d'identificationFace blanche, oreilles noiresJoues jaunâtres, pelage plus sombreGrandes oreilles dressées, queue noire en brosse

Sur le terrain, trois indices suffisent : la queue, nue chez l'opossum et touffue chez le possum, le museau, long et pointu chez l'opossum, et bien sûr le continent où vous vous trouvez.

Possum à queue en brosse dans un eucalyptus, cousin éloigné de l'animal opossum

Opossum en France : absent de métropole, présent en Guyane et aux Antilles

Aucun opossum sauvage en France métropolitaine

Un animal à longue queue nue aperçu dans votre jardin, en Bretagne comme en Provence, n'est pas un opossum. Aucune population sauvage n'est établie en métropole. Il s'agit presque toujours d'un rat surmulot, d'un ragondin près de l'eau ou d'une fouine aperçue de nuit. Le seul marsupial installé en liberté en métropole est le wallaby de Bennett de la forêt de Rambouillet, descendant d'individus échappés d'un parc animalier dans les années 1970.

Pian en Guyane, manicou en Martinique

L'opossum en France existe pourtant bel et bien, mais outre-mer. La Guyane abrite plus d'une douzaine d'espèces de didelphidés. On y trouve l'opossum commun, appelé « pian », l'opossum à oreilles blanches et l'opossum à quatre yeux, reconnaissable aux taches claires au-dessus de ses yeux. Le yapock y vit aussi : c'est le plus aquatique des marsupiaux. En Martinique, l'opossum commun porte le nom de « manicou ». Il y est chassé et cuisiné traditionnellement, dans le cadre de la réglementation locale.

Peut-on détenir un opossum ?

En métropole, l'opossum relève des espèces non domestiques. Sa détention est encadrée par l'arrêté du 8 octobre 2018 et peut exiger, selon les cas, un certificat de capacité et une autorisation préfectorale. Avant tout projet, renseignez-vous sur service-public.fr et auprès de la DDPP de votre département.

Annonces d'opossums en ligne : prudence

Un opossum importé sans documents expose à la saisie de l'animal et à des poursuites. Surtout, cet animal solitaire et nocturne, qui vit à peine 3 ou 4 ans, supporte très mal la vie en appartement.

Le meilleur moyen de l'observer reste une sortie nocturne en Guyane avec un guide naturaliste, équipé d'une lampe à lumière rouge pour ne pas l'éblouir. Si ce marsupial étonnant vous a donné envie d'aller plus loin, poursuivez avec nos portraits d'animaux sauvages du monde entier.

Questions fréquentes

Y a-t-il des opossums en France ?

Il n'existe aucun opossum sauvage en France métropolitaine. En revanche, la Guyane abrite plus d'une douzaine d'espèces de didelphidés, dont l'opossum commun appelé « pian ». En Martinique, ce même opossum commun est connu sous le nom de « manicou ». En métropole, un animal à longue queue nue est presque toujours un rat ou un ragondin.

L'opossum est-il agressif ?

Non. L'opossum est un animal craintif qui fuit l'humain. Menacé, il siffle, bave et montre ses 50 dents, mais il s'agit surtout d'un bluff. Si la peur devient extrême, il tombe en thanatose et fait le mort. Il ne mord généralement que si on le saisit. Ne le manipulez donc jamais à mains nues.

Quelle est la durée de vie d'un opossum ?

En liberté, l'opossum de Virginie vit rarement plus de 2 ans. Ses principales causes de mortalité sont les prédateurs (hiboux, coyotes, chiens) et surtout les collisions routières. En captivité, il atteint 3 à 4 ans, exceptionnellement un peu plus. C'est une longévité très courte pour un mammifère de 2 à 6 kg, que l'espèce compense par une reproduction précoce et abondante.

Quels sont les animaux de la famille des marsupiaux ?

Les marsupiaux regroupent environ 330 espèces dont les femelles portent généralement leurs petits dans une poche. On y trouve les kangourous, les wallabies, les koalas, les wombats, les possums et le diable de Tasmanie en Australasie. Les Amériques comptent les opossums et quelques petites espèces sud-américaines. L'opossum de Virginie est le seul marsupial vivant au nord du Mexique.

Delphine Mercier

Fondatrice & rédactrice spécialisée

Delphine Mercier exerce comme éducatrice et comportementaliste féline depuis 2008, après avoir suivi une formation certifiée auprès de l'Institut Félin Français. Fort de 15 ans d'expérience terrain — consultations à domicile, refuges, cliniques vétérinaires — elle a accompagné plus de 2 000 familles dans l'éducation et la compréhension de leurs animaux. Elle a créé Poils et Passion en 2016 pour partager des conseils pratiques, fondés sur l'éthologie et la science du bien-être animal, loin des mythes persistants qui nuisent au lien entre humains et compagnons.

Un sujet à nous suggérer ?

Vous avez une question restée sans réponse ou une expérience à partager avec la communauté de Poils et Passion ? Nous serons ravis de vous lire.